Bonjour,
Depuis la bibliotheca general de Navarra à Pampelune (Pamplona, en fait), quelques mots sur ces derniers jours.
A Roncesvalles puis ce soir à Pamplona, nous découvrons les hébergements espagnols en vastes albergues très organisées pour l'accueil d'un grand nombre de pèlerins. Les dortoirs peuvent accueillir des dizaines de personnes, en longues rangées de lits superposés. A Roncevaux, cela ouvrait à 16h, ici c'était dès 13h ; à l'arrivée, il faut d'abord se faire enregistrer en remplissant une feuille d'identité, en faisant estampiller sa crédenciale et en règlant le montant de la nuit (respectivement 6 et 5 Euros), puis on s'installe à sa place, restreinte (mais ça va encore), après quoi douche, lessive, étendage. L´hébergement ici ne comprend pas le petit-déjeûner ni le dîner, on mange soit au bar-restaurant voisin proposant un menu pèlerin, environ 10 Euros, soit à partir de quelques courses quand il y a de quoi cuisiner.
Pour le p'tit-déj', jeudi matin en quittant Roncevaux vers 6h45, nous avons marché environ 3km de nuit, et donc à la frontale, dans les bois longeant la route afin d'atteindre Burguete où le bar ouvert de bonne heure vendait des desayunos. Je ne bois jamais de café au lait, mais ici je me fais au cafe con leche qui a bon goût, et à d'autres heures, j'opte pour le cafe solo, pour avoir un café noir façon expresso. Ce jeudi matin, j'ai expérimenté un gâteau espagnol citronné pas mauvais du tout et, plus space, le sandwich à l'omelette - qui passe bien quand même.
Le gîte de Larrasoaña, hier soir, était un peu différent, dortoir de 20 personnes, très exigu, douches aussi confortables et pratiques que des isoloirs, équipement de cuisine plutôt déficient d'où le menu pèlerin. Là, donc ce matin, nous savions qu'il n'y aurait pas de café avant 10 km au moins ; nous avons fait chauffer de l'eau pour un Nescafé et utilisé les ressources du sac, en l'occurence pain et saucisson, avant de mettre le sac sur le dos.
Bref, on apprend et on se fait à d'autres us et coutumes du voyage.
Côté marche et étapes, ces derniers jours, ce fût : mercredi, Saint-Jean-Pied-de-Port-Roncesvalles (environ 26km mais 800 à 1000 mètres de dénivellées) ; jeudi, Roncesvalles-Larrasoaña (27km) ; aujourd'hui, Larrasoaña-Pamplona (16km).
Hier, la journée a été très grise, assombrissant encore ce versant des montagnes pyrénéennes aux échines couvertes d'arbres. Nous sommes surtout allés descendants, mais cela n'empêche pas le chemin d'osciller pas mal. Le pays est vert et assez humide, on traverse de nombreux cours d'eau, hier des rus traversés à gué, aujourd'hui, le rio Arga sur de vieux ponts de pierre en arceau. Le chemin est très aménagé, aucun problème d'orientation, et souvent il semble que l'on marche dans les allées d'un parc domanial. Par moment, il se rétrécit dans des sous-bois où se mêlent hêtres, chênes méditerranéens et buis aux proportions étonnantes.
Dans l'ensemble, marcher ici a été tranquille, les courtes étapes invitant à prendre son temps.
A Larrasoaña, le gîte peu équipé et la pluie qui s'est mise à tomber en continu après notre arrivée, entre 16h et 19h environ, n'ont pas empêché de bons moments. Dans la vallée s'est mis à résonner un cor de chasse à la très belle voix, avec une belle ampleur et une gravité pas du tout militaire mais une élegance noble ; cela a duré plutôt longtemps, comme si Roland nous faisait signe. Et puis nous étions aussi juste face à la salle de pelote basque couverte ; nous entendions les crissements des souliers sur le sol et l'écho des balles.
Arrivés assez tôt, nous avons commencé à apprendre la patience et la convivialité du chemin. Sur la terrasse sous une bâche bleue, sur du mobilier en plastique, deux groupes discutaient, faisaient connaissance, riaient autour de verres de vin rouge, de café ou de thé. A tour de rôle, chacun a pu un peu utiliser Internet, qui est souvent ici proposé dans le gîte-même, à 1 Euro pour 20min, mais sans sortie USB. D'autres ont joué aux cartes sur le lit, ont écrit leur petit cahier de voyage, ont lu ou se sont seulement allongés sur leur couchette, couverts d'un vêtement ou du duvet. Repos et détente après l'exercice de la journée.
Le soir, le menu pèlerin a été servi pour une quarantaine de personnes et l'ambiance était très bonne, dans le seul barresto du village où se trouvaient donc aussi pas mal de Navarrais à chapeau basque, à barbe, à l'oeil noir mais à l'hospitalité manifeste. J'ai retrouvé ici Hélène et Marie, les Québécoises, rencontré sur le chemin une autre Hélène de Montréal qui a commencé à Saint-Jean, et aussi commencé à faire la connaissance d'un couple d'Américains de San Francisco et d'un couple de Catalans qui demeurent 100km au nord de Barcelone - je parle ridiculement anglais avec les premiers, et les seconds parlent admirablement le français. Le señor catalan est un monsieur tout fin de visage et de voix et il m'est très sympathique ; il m'a parlé de Barcelone, ainsi que du monatère de Montserrat dans les montagnes au nord de la Catalogne ; j'ai par ailleurs vu récemment qu'un guide existait aux éditions Rother pour randonner dans les Pyrénées orientales espagnoles, et tout cela me fait plutôt envie. Il m'a aussi très rapidement parlé du fait que pour lui le chemin était un voyage spirituel, qu'on le mène chacun à sa façon un peu comme on conduit sa vie, que l'essentiel dans la marche ici n'est pas d'arriver au but mais de vivre au présent chaque instant du chemin, en ressentant le sentier, la nature environnante, l'effort du corps, tout cela étant uniquement possible avec un peu de solitude et surtout le silence, de la parole comme de la pensée, expérience continue que le chemin de Saint-Jacques rend possible en simultané avec la convivialité, les rencontres et le partage le soir à l'étape. C'est une belle façon de voir le Chemin et de le vivre, je la trouve assez juste.
Ce matin, après le saucisson de 7h30, il y a eu une pause lunch à Santa Trinidad de Arre. Tous les départs à horaires décalés du matin s'y sont retrouvés en terrasse, c'était rigolo comme tout, ce rassemblement de pèlerins, sacs et bâtons un peu en vrac alentour. Comme nous partions, j'ai fait un signe aux deux Québécoises encore attablées, et outre les deux leurs, ce sont cinq autres mains qui se sont levées pour faire un petit signe de salut, de bonne route, d'à-tout-à-l'heure, les gens connus ces deux jours. J'ai trouvé cela drôle et cela m'a rendu très joyeux.
Un peu plus tard, nous sommes arrivés dans Pamplona où nous avons décidé de rester dormir pour y passer l'après-midi. L'accès à cette ville importante ne pose pas de difficulté pour le marcheur.
Entre les remparts, c'est une ville aux rues étroites, aux vieux immeubles colorés, parfois délabrés, de pierre et de boiseries. L'architecture espagnole assez pompeuse se fait sentir sur certains édifices. Mais c'est surtout l'animation des rues qui est très belle à voir et à découvrir ; des gens circulent en tous sens, il y a des bars à tapas en quantité, petites devantures un peu sombres mais ambiance et intérieurs manifestement chaleureux, des vélos passent, des poussettes, des vieux à casquette occupent collectivement un banc ; ici ou là, les rues s'ouvrent sur une large place. Et je n'ai encore rien vu, car entre 14 et 16h, c'était l´heure creuse de la sieste ; ce soir, avec Richard et peut-être quelques autres, ce sera sans doute tapas y cervezas !
A plusieurs reprises, tandis que nous marchions encore avec nos sacs à dos, des gens nous ont souhaité buen camino - et j'apprends à ne plus répondre "merci" mais "gracias" (entre pèlerins aussi cela devient un grand mélange, entre les ¡Ola!, les "bonjour" et les "salut", les "Hallo" et les "Hello" ; on s'y perd et on ne sait plus au juste qui parle quoi).
Demain, direction Puente la Reina, en franchissant la Sierra del Pedrón et en jetant un dernier coup d'oeil sur les Pyrénées. Adelante, donc !
A bientôt,
Sylvain
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