Bonjour à tous,
Il est 11h du matin, dans le local Cyber-Base du Syndicat mixte du Pays de Lacq que j'ai aperçu au passage en arrivant dans cette petite ville pas plus jolie que ça où, avec Kurt, Suisse allemand de Berne que j'ai rencontré mardi à la pause-café-viennoiserie de 13h à Aire-sur-Adour et avec lequel je marche depuis, nous avions prévu de nous retrouver pour notre pause-café-viennoiserie désormais quasi-quotidienne - hier mercredi, c'était à 11h30 à Arzacq-Arraziguet, sous les arcades de la grande place à platanes.
Bon, dans l'ensemble ça roule plutôt.
Depuis le week-end dernier, je m'inquiétais de la fin de mon traitement par anti-inflammatoire et du risque que la tendinite ne revienne de plus belle, m'obligeant à arrêter plus tôt que prévu. Hier et la matinée d'aujourd'hui me rassurent ; je sens mon talon droit, mais cela veut dire qu'il est bien là, et il faut que je continue à marcher bien lentement en début de journée, à ne pas trop tirer, pour que le point un peu douloureux soit contrôlé. Le matin, j'adopte un rythme de flâneur, comme je vous le disais, en intercalant entre deux blanches au pied à terre une noire de respiration au pied levé ; cela donne quelque chose comme un rythme ternaire avec un souffle tranquille. Dans l'après-midi, mon rythme ressemble plutôt à la voix de Johnny Cash, grave et implacable, avec la régularité des roues du cheval-de-fer passant sur la jonction entre les rails ; mais je n'oublie pas de boire quelques gorgées d'eau pratiquement tous les quarts d'heure.
Côté santé, je tâcherai désormais de ne plus crier au loup, sinon quand le grand méchant véritable pointera son long museau et ses longues dents, personne ne m'écoutera plus, une leçon que l'on apprend enfant et qui sent bon son XVIIIe siècle, je trouve, ce qui, l'un dans l'autre, ne nous rajeunit pas, n'est-ce pas ?
A propos de santé, je marchai en début de semaine, de dimanche matin à mardi matin, avec une paire de dame québécoise, Marie et Hélène, très sympathiques. Je lance un appel aux randonneurs, concernant ce moment où l'on pose le sac un moment et s'isole en sous-bois là où personne ne peut aller à notre place, si vous voyez de quoi je veux parler. Je me rappelle une fois où nous cherchions quel nom donner à ce moment, et j'ai entendu Hélène parler de "pause santé" ; je trouve cela plus joli que nos formulations et cela vaudrait le coup de ré-acclimater en nos contrées cette expression, non ? Faites passer si vous voulez...
Les étapes des derniers jours se sont à peu près déroulées ainsi.
Dimanche : Condom-Escoubet (gîte isolé environ 4km avant Eauze ; environ 28km), matinée de pluie sur un terrain argileux qui m'a quelque peu passé l'envie de ne marcher qu'en sandales en renonçant aux chaussures de marche, puis ciel qui se dégage pour la fin de journée et magnifique soirée de paix, dans cette clairière d'Escoubet au ciel devenant peu à peu bleu nuit, l'orée des bois en contrebas s'enfonçant dans l'obscurité, un premier quartier de lune éclairant ce vaste dôme au-dessus de nous. L'accueil était totalement indigent, brillant par son absence ; mais cet isolement du lieu et la compagnie réjouissante ont donné une fort belle soirée, entre les deux Québécoises à l'accent fringant et à l'esprit assez corrosif, un Tchèque peu loquace et un monsieur de Lille, un peu bourru mais très sympa avec un accent ch'ti à couper au couteau. En plus, vers 18h, les cordes d'une guitare sèche se sont faites entendre, phrases d'exercice répétées mais justes et assez agréables ; la mélodie et ses variations, montant dans cette clairière, m'ont fait penser à une musique de trouvère à l'inspiration arabo-andalouse.
Lundi : Escoubet-Arblade-le-Haut (3km après Nogaro ; environ 27km). Pluie le matin à nouveau, mais moins fournie, et après-midi bien chaude. Le paysage est encore un paysage du Gers avec pas mal de vignobles et à peu près autant de maïs, des collines. Tout ce secteur du chemin est quand plus monotone que ce que nous avions jusqu'à Moissac. Outre les Québécoises, compagnie de Bretons, à nouveau Johann de Lille, je retrouve aussi deux Allemands et Anne, prof fraîchement retraitée de Montauban qui a l'air très sympa mais que je n'ai pas revue depuis. Nous sommes en 1/2 pension dans une chambre d'hôte faisant aussi tarif gîte ; bon repas d'un massalé réunionnais après un apéritif au floc, un mélange de jus de raisin et d'Armagnac assez proche du pineau des Charentes. Mais je dois dire que l'ambiance de cette fin de Chemin en France commence à ce moment-là à me lasser un peu, trop commerciale et familiale, touristique et franchouillarde - à quoi sans doute s'ajoute une phase de fatigue physique après plus de trois semaines de marche, sensation courbaturée le matin, impression de tassement vertébral ; cette phase a été en partie dépassée depuis ; bref, je m'en suis rendu compte ces derniers jours, pour comprendre cette lassitude, j'ai bigrement hâte d'arriver en Espagne et d'y trouver une ambiance plus jacquaire, plus libre encore, plus internationale aussi et plus dépaysante. Sur ce point, avec Kurt que j'ai rencontré donc mardi, nous sommes en complet accord.
Mardi : Arblade-le-Haut-Miramont-Senssacq (entre 35 et 37km... je ne compte plus...). Rencontre avec Kurt, parti le 2 août de Berne, qui y a couru le semi-marathon en 2h10 et a projet de passer un jour au marathon, qui s'occupe d'un jeune autiste de 26 ans, qui a voyagé en Australie, au Portugal, qui a déjà fait le chemin de Saint-Jacques mais en vélo, en 32 jours - c'est beaucoup plus fatigant paraît-il, et trop rapide. Avec mon allemand bricolé, nous faison connaissance et je lui suis de quelque secours ; cela se passe bien et nous nous retrouvons encore ce soir à la Sauvelade, à une douzaine de km de Navarrenx.
Le gîte est cette fois un lieu d'accueil formidable, tenu par deux hospitalets qui préparent un repas très convivial à la quinzaine de pèlerins qui sont au gîte communal ce soir-là.
Mercredi : Miramont-Uzan (à mi-chemin d'Aire et d'Arthez ; 31km). Belle journée ensoleillée et finissant bien chaude. Passée cette petite phase cafardeuse, j'apprécie pleinement la chance que j'ai de passer de si magnifiques vacances ; nous gagnons notre lieu de pique-nique ombragé et aéré par une assez redoutable ascension sous la chaleur ; nous nous posons pépères, nous prenons le temps d'une sieste d'un quart d'heure. C'est trop bien ; et j'ai vraiment de la chance que mon chemin de Saint-Jacques se passe si bien, j'y suis vraiment par goût et pour ainsi dire avec passion, un terme que peut-être j'emploie pour la première fois me concernant avec cette certitude que c'est à bon escient.
Je vous salue bien, la cyberbase ferme à midi.
Prochaines nouvelles de Saint-Jean-Pied-de-Port sans doute, dimanche.
Portez-vous bien,
Sylvain
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8 commentaires:
bonsoir Sylvain,
cela fait 36h que ton grand et bien
interessant message nous est parvenu, il y a moins de réactions que les 2 et 3 premières semaines.
Il est vrai que tous les actifs ont repris leurs multiples activités.
ça va être le début du W.E. et il y des lectures (certainement).
Bonne route vers St Jean Pied de Port, et viva Espana.
En te souhaitant convenable pour la marche, et que ton allure te convienne toujours pour tes jambes du bout des orteils aux hanches.
Bises de tes parnets.
Salut mon vieux,
quel beau mot que celui de passion et surtout de l'entendre "prononcé" par toi. Cela me fait un plaisir plus grand que je ne saurais dire. Tes messages sont plus espacés dans le temps. Les miens aussi. Je te lis régulièrement, même si je n'ai pas toujours la disponibilité d'esprit pour t'écrire. Je suis débordé par mon "pélerinage" à Villeneuve, ne serait-ce que par les 2h30 de trajet par jour et ce, avec 4 moyens de transport! C'est un peu bizarre de parler de cela sur un site consacré au chemin de compostelle mais les voies de l'enseignement sont presqu'aussi impénétrables que celles de qui tu sais (Pour les élèves, je t'en parlerai de vive voix, c'est pour le moins "animé"). Et puis, ce n'est pas évident cette communication déséquilibrée : toi qui mets des messages collectifs et nous qui répondons par des messages individuels (même si j'en profite pour saluer de nouveau les "parents"!) Vivement que l'on se retrouve pour boire une sangria ou un bon chocolat chaud avec quelques "churros"...
Bonne route, bon pied-bon oeil, bonne oreille et bon coeur surtout.
Je t'embrasse amicalement,
Marc-O.
Coucou aux parents, coucou à Marco et à tous ceux qui noircissent quelque peu les pages de ton blog, Grand BON JOUR à toi Sylvain. J'avais posté un message jeudi soir, mais je vois qu'il n'a pas été édité, j'ai donc dû faire une fausse manip. Je te le remets donc.
Moi, j'ai bien aimé la "pause santé", ça nous a bien fait rigolé. Et sinon, je voulais te mettre un petit passage de "Jade ou les sacrés mystères de la vie", que tu connais déjà certainement "qu'importe au fond si le soleil n'est qu'un éphémère et dérisoire défi aux éléments, pourvu que l'on sache en apprécier la caresse et en goûter le baiser. Et si, par le cycle des saisons, le soleil se fait moins chaleureux ou plus rare, eh bien considérons que c'est par coquetterie. Où puiserait-on la joie débordante des retrouvailles s'il n'y avait pas de séparation?(...)le lendemain, le prince connut sa première vraie journée de bonheur : tout était maussade et sombre autour de lui et sous le ciel, mais son cœur était resté au beau fixe. Il avait décidé d'employer l'Espérance à temps complet et d'en faire la sentinelle exclusive de son Etat d'âme.(...)"
Avec mon Amitié fidèle,
par un après-midi paisible,
Fabienne
PS : nous avons suivi la venue du pape à la télé. Il a parlé avec humilité, humanité et bonté. Une joie sereine pouvait se lire sur bon nombre de visages d'ailleurs très divers. Un père de famille africain a parlé de l'expérience d'une joie céleste sur terre.
PS : quand tu reviendras après ton périple, j'espère que tu penseras à nous rassembler : on te fera la fête!
Salut Sylvain,
juste un petit mot pour te souhaiter bonne chance pour la deuxieme partie de ton periple, en espagne, donc. J espere que tu tiendras le coup, non seulement pour decouvrir de nouveaux endroits plein de charme, comme ceux que nous avons deja vus (tes photos sont top), pour decouvrir le pays de Leon (envoie des photos je ne connais pas... ca donnera surement envie d y aller, j espere que tu apprecieras autant que j apprecie la vie ici en Catalogne)et surtout, tu as interet de continuer, car ton blog est addictif... c est bien ecrit, bien illustré, mais aussi c est genial de suivre en direct son cous' par ternet... un peu comme si tu etais dans un loft geant et vert... Alors, je continuerais de te lire regulierement. Disfruta de los momentos. je te quitte sur un petit proverbe "a camino largo, paso corto" ("qui veut voyager loin ménage sa monture").
Besos
François
Coucou Sylvain,
J'espère que quand tu liras ce message, tes pieds (et tout le reste) seront en pleine forme, prêts pour de nouvelles aventures. J'ai toujours aussi peu d'inspiration, mais te suis toujours avec plaisir et t'encourage à fond (je n'ai pas la banderole, mais c'est limite !!!)
Gros bisous et bonne marche
Céline
Coucou Sylvain, nous pensons très fort à toi en ce dimanche automnal où tes pas te conduisent aujourd'hui vers St Jean Pied de Port. Souvenirs, souvenirs... Lors de notre séjour à Ascain. il y a deux ans avec tes cousines, cousins et leurs petiots, nous avions visité St Jean et nous nous étions arrêtés devant un gîte d'étape pour pélerins de St Jacques et par les fenêtres ouvertes nous avions pu constater que le confort était spartiate, mais sans doute l'ambiance conviviale comme tu la vis depuis ton départ. Nous te remercions de nous faire partager tes impressions et nous sommes ravis de lire tes comptes-rendus émaillés parfois d'humour...c'est bon signe...nous aussi, comme Fabienne, nous avons bien ri de cette réflexion québécoise : la "pause santé" (un bon mot à employer...dès que l'occasion s'en présentera).
Nous pensons à ce moment émouvant pour toi où tu quitteras le sol français pour entamer ton périple espagnol, bonne route.
Nous t'embrassons bien FORT
Jean et Géno
Ah! Saint Jean pied de port, ville tant aimée...tu goûteras à ses ruelles piétonnes bien pentues. Peut-être n'auras-tu pas le temps de monter à la citadelle ni d'aller voir un match de pelote basque à main nue, ni encore d'entendre des chants basques ou pyrénéens ("les montagnards sont là!) mais j'espère que ton passage dans ce si joli pays basque te laisseras un souvenir indélébile, que tu apprécies notamment la beauté des petits villages. Vite vite, montre-nous tes dernières photos, publie-nous tes dernières impressions! J'ai hâte! Pour la banderole, je me joins à Céline!
Cher Sylvain,
C'est vrai qu'avec la rentrée, reprise des activités et projets en tous genres, et la vie trépidante on a moins de temps pour te répondre, mais on ne t'oublie pas, sois en sûr !...et je trouve quand même régulièrement quelques minutes pour te rejoindre sur ton blog.
Profite à fond de ces moments si tranquilles, même s'ils en arrivent à te paraître parfois ennuyeux (mais pas longtemps,fort heureusement!).
Ici, il fait à nouveau beau, après quelques jours de froid et de pluie, et c'était si agréable de se promener cet après-midi, même dans nos paysages urbains : je te souhaite une belle route espagnole, et te dis à bientôt.
Amicalement.
Pascale
P.S : au fait, cette Hélène québecquoise, je pense que nous avions cheminé ensemble une matinée pluvieuse dans l'Aubrac : elle était à ce moment-là encore avec son frère,Pierre, qui devait retourner au pays en septembre, pour reprendre son travail, alors qu'elle espérait aller jusqu'au bout, profitant de sa nouvelle retraite.
Nous avions échangé des expressions, au sujet de ce temps maussade :un typique "Il pleut comme vache qui pisse" français, contre un savoureux(avec l'accent) "Il pleut à boire debout" de l'autre côté de l'Atlantique...
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