Bonsoir les amis,
Vendredi soir à Burgos, le cybercafé est jeune et bruyant. La soirée commence à être avancée puisqu'il sera environ 21h quand je concluerai ce message, que je chercherai ensuite où manger pour rentrer à l'albergue municipale toute neuve avant la fermeture à 22h30.
Comme vous le verrez, j'ai privilégié les photos, je m'arrête un peu à Burgos pour cela, les occasions n'étant pas si fréquentes de trouver un port USB. Quant aux messages internet, les 3 derniers gîtes où je me suis arrêté n'en disposaient pas, vrai de vrai.
Depuis mardi, le temps s'est fait plus froid, mardi et aujourd'hui en particulier, avec un vent qui peut être assez violent et fatiguant, d'autant qu'à San Juan de Ortega, hier soir, j'étais à 1000m d'altitude et ce soir aux alentours de 880m. Le chemin a repris de la hauteur.
Depuis mardi, et en revenant sur cette première phase du chemin en Espagne, il y a eu des moments d'insatisfaction et de fatigue, de récupération inattendue et de grande exaltation, des rencontres, des croisements et des moments de partage tout simples.
A Ventosa, dans la belle décoration du gîte, j'ai remarqué un tableau représentant Finisterre par des vagues se brisant sur des rochers... Il est clair que j'irai jusque là-bas. Maintenant que les 1000km de marche accomplie sont passés, la destination, Santiago, devient une perspective concrète, au bout de la route de terre en ruban, comme un aimant, et au bout de cette terre, la mer.
Dans la journée assez initiatique de Mercredi, en passant par Najera - voir les photos avec une falaise et des rochers très rouges -, en trouvant dans le rythme de mes pas la bonne lenteur pour aller vite, à la manière d'une danse ou d'un chant, j'ai marché sur cette épure de chemin qu'est le Chemin comme si je me trouvais au Nouveau-Mexique chez les Navajos, ou bien chez les Aborigènes d'Australie, ou sur toutes les pistes poussièreuses sur lesquelles il est possible d'aller promener ses pas.
Je n'ai jamais autant parlé anglais qu'avec deux Coréennes à Fuente la Reina ou avec un couple d'étudiants de Jérusalem à Ventosa. A Grañon, j'ai retrouvé Freddy et rencontré avec lui l'hospitalier français, Jérôme ; ensemble, nous avons pas mal discuté de nos motivations pour faire ce voyage, des expériences et de la manière dont on le vit ou l'a vécu - c'est chacun à sa manière, mais toujours dans une aventure de partage et de rencontre qui vous déborde, dans une temporalité autre que celle de la vie quotidienne moderne, ouvrant des espaces que l'on ne trouve pas autrement. Hier soir, à San Juan, c'est avec deux Espagnols que j'ai dîné, l'un de Ségovie, l'autre de Grenade ; avec l'un d'eux, nous nous étions vus et salués sur le chemin, ils ont bien voulu m'accepter à leur table, et j'ai dû réviser vite fait mon espagnol - "Aquí se permite fumar", et ma voisine ne s'en prive pas, chouette ! -, nous avons fini par parler de ce que le chemin révélait le peu de choses dont nous avons besoin pour vivre, et la possibilité de la fraternité quand dans un lieu comme celui-ci chacun se salue simplement, se rencontre simplement, conscient de l'égalité face à l'expérience commune du chemin.
Entre hier et aujourd'hui, le passage par la forêt des Montes de Oca au milieu de laquelle se trouve la clairière médiévale dans laquelle San Juan a édifié son église au XIIe siècle, sorte d'ermitage dans une forêt encore aujourd'hui peuplée de quelques loups, puis en descendant dans la plaine incurvée d'Atapuerca, le site où ont été trouvés les plus anciens restes d'hominidés d'Europe, je suis passé par des sentiments assez époustouflants d'intemporalité. Sous un grand ciel de nuages gris et jaunes dans la lumière froide du matin, toutes les couleurs étaient dans ces teintes, au sol des champs de chaumes et d'herbes de jachère, également brun-gris-jaune, des broussailles, des cailloux et une terre sèche ; au loin le bruit continu invisible des camions sur l'autouroute et presqu'à l'horizon une kyrielle d'éoliennes ; puis l'idée de cet ermitage médiéval, des pèlerins de tout temps, et des Néanderthaliens restés par là ; dans le vent, ce lieu sauvage vous faisait vous sentir tout petit dans votre coin du temps.
Et puis ensuite, l'arrivée sur Burgos, franchement pas très agréable, la ville pas plus sympathique que cela non plus, même si assurément la cathédrale est impressionnante. Je pensais rester deux nuits ici, prendre un jour de repos, mais deux nuits au gîte ne semblent pas chose possible. Je resterai demain matin et ferai sans doute une courte étape d'une dizaine de km l'après-midi.
En franchissant Burgos, j'ai l'impression que je suis jusque-là déjà parti assez loin, mais qu'à présent je vais vers partir très loin, toujours en allant de l'avant dans la confiance en ce que le chemin apportera.
Portez-vous bien de votre côté ! J'espère que ça va pour vous.
Prochaines nouvelles dès que possible, comme vous le savez,
A plus,
Sylvain
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1 commentaire:
Je suis actuellement à côté de ma Léa et on te souhaite bonne chance pour la suite de ton périple. Nous espérons que tout va toujours aussi bien pour toi et que tes pieds vont bien. Nous t'embrassons bien fort ainsi que Nat, Bruno, Chloé et Lilou.
Léa et Céline
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