Bonsoir,
18h30 à l'albergue de ce village, j'ai passé une 1/2 heure en compagnie de Tété, d'Emma Stanton et de l'automne à Montréal, entre l'orange et le carmin, à me reposer de la journée assez éprouvante avant de rejoindre le point internet qui rame un peu pour vous envoyer un petit mot sur ces quelques jours depuis Burgos.
Cela dit, la meseta, ce paysage uniforme au relief entièrement plat et couvert d'immenses champs céréaliers sur des kilomètres et des kilomètres, et en particulier la dernière longue bordée jusqu'ici depuis Carrión de los Condes, 17km ininterrompus d'un seul et même sentier rectiligne et caillouteux entre les deux points, m'a quelque peu grillé les neurones et je ne sais pas trop bien ce que je vais vous raconter.
La meilleure méthode comme souvent est de commencer par le début ; donc allons-y.
Depuis samedi, nous avons beau temps, du soleil, presque pas de vent. C'est assez idéal pour marcher et profiter du paysage, mais nous sentons quand même la saison et l'altitude, les matins sont très froids, surtout que nous partons vers 7h-7h30, le jour se levant maintenant vers 8h, et ne se réchauffent que vers 11h. Ensuite, il commence à faire très chaud vers 13h jusqu'au soir. Bref, un climat avec une forte amplitude thermique, les gants ne seraient franchement pas de trop le matin à cette saison, et pour les nuits, le seul sac-à-viande serait vraiment insuffisant.
Samedi, très douce et agréable matinée de repos à Burgos, long p'tit déj' dans une cafétéria ouverte en attendant que les magasins ouvrent, cartes postales, lumière sur la ville qui s'anime peu à peu. Je cherche, trouve et achète un livre en français... J'ai trouvé L'ombre du vent, de Carlos Luis Zafón - dont le seul nom semble pouvoir se déclamer, se crier suivi d'un ¡Olé!, se chanter ou se sussurrer -, et je n'aurais pu mieux tomber.
Dans l'après-midi, nous prenons la route pour Tardajos, à 8km, pour nous avancer un peu et car il n'était pas possible de passer 2 nuits dans le même gîte.
Dimanche, Tardajos-Castrojeriz, 31km.
Journée magnifique avec la découverte des paysages d'une première meseta, le passage par Hornillos del Camino et par Hontanas où, du bar-restau où nous prenons un café pour conclure notre pique-nique, sous les murs de l'église, sortent les mélodies de flûtes et de cornemuses d'une musique déjà gallicienne, la halte aux ruines du couvent de San Anton et l'arrivée face à l'impressionnant môle géologique de Castrojeriz, au milieu devsa plaine, sur lequel le Goth Sigéric fonda un castrum.
Lundi, Castrojeriz-Población de Campos, 29km.
Après le départ très froid de Castrojeriz, par une longue ascension d'une splendeur à couper le souffle, la meseta va peu à peu commencer à se faire plus rigoureuse. Les paysages si vastes me plaisent énormément, mais les villages et les Espagnols des bars et des accueils pèlerins se font nettement moins sympathiques, froids et rugueux. Peut-être est-ce la région, ou bien la fin de saison ? De ce point de vue, le petit village quasi désert de Población, peu après Fromista, atteint des sommets : menu pèlerin sans un sourire avec des assiettes qui claquent, chasse aux cafards dans le gîte à coup d'insecticide et en surélevant les sacs pour la nuit, café fermé le matin à 7h alors que nous avions négocié cet horaire pour le petit-déjeûner de ce matin... Charmant accueil.
Aujourd'hui mardi, Población-Calzadilla, 34km.
Journée de rigueur donc, 3h de froid sans rien dans le ventre le matin pour une douzaine de km, et 3h30 de marche rectiligne dans la chaleur caillouteuse comme un balast (j'exagère à peine), pullulant de mouches et de moucherons en nuées qui, faute de bovins, harcèlent le pèlerin de façon insistante. Mais en même temps, la pause du midi à Carrión de los Condes a éte très agréable, avec ses terrasses de café, ses porches d'églises romanes, sa jeunesse, les buenos dias de ses passants. Et puis la solitude, le silence et l'immensité du paysage de la meseta (quand on sait toutefois qu'il finira par prendre fin) laissent une forte impression, sont vraiment un moment à vivre sur le chemin. Il y en a encore pour quelques jours, je crois ; cela invite à l'intériorité, à l'humilité, à l'effort et parfois à la joie ; ceal permet d'autant plus de se tourner ensuite vers les autres et de se réjouir des moments traversés ensemble et de notre solidarité, avançant vers Santiago, mais d'abord vers León, en vue pour vendredi après-midi.
L'heure du menu pèlerin va sonner, je mise sur :
Premier plat : soupe, ou salade, ou pasta,
Second plat : poulet, ou porc, ou poisson con patatas fritas,
Dessert : yogourt, ou fruit, ou glace,
bouteille de vin rouge comprise ;
Donc je dois vous laisser.
Bonne continuation à vous,
Prochaines bonnes nouvelles j'espère depuis León, avec photos si possible,
Sylvain
mardi 30 septembre 2008
vendredi 26 septembre 2008
Burgos, la grande ville
Bonsoir les amis,
Vendredi soir à Burgos, le cybercafé est jeune et bruyant. La soirée commence à être avancée puisqu'il sera environ 21h quand je concluerai ce message, que je chercherai ensuite où manger pour rentrer à l'albergue municipale toute neuve avant la fermeture à 22h30.
Comme vous le verrez, j'ai privilégié les photos, je m'arrête un peu à Burgos pour cela, les occasions n'étant pas si fréquentes de trouver un port USB. Quant aux messages internet, les 3 derniers gîtes où je me suis arrêté n'en disposaient pas, vrai de vrai.
Depuis mardi, le temps s'est fait plus froid, mardi et aujourd'hui en particulier, avec un vent qui peut être assez violent et fatiguant, d'autant qu'à San Juan de Ortega, hier soir, j'étais à 1000m d'altitude et ce soir aux alentours de 880m. Le chemin a repris de la hauteur.
Depuis mardi, et en revenant sur cette première phase du chemin en Espagne, il y a eu des moments d'insatisfaction et de fatigue, de récupération inattendue et de grande exaltation, des rencontres, des croisements et des moments de partage tout simples.
A Ventosa, dans la belle décoration du gîte, j'ai remarqué un tableau représentant Finisterre par des vagues se brisant sur des rochers... Il est clair que j'irai jusque là-bas. Maintenant que les 1000km de marche accomplie sont passés, la destination, Santiago, devient une perspective concrète, au bout de la route de terre en ruban, comme un aimant, et au bout de cette terre, la mer.
Dans la journée assez initiatique de Mercredi, en passant par Najera - voir les photos avec une falaise et des rochers très rouges -, en trouvant dans le rythme de mes pas la bonne lenteur pour aller vite, à la manière d'une danse ou d'un chant, j'ai marché sur cette épure de chemin qu'est le Chemin comme si je me trouvais au Nouveau-Mexique chez les Navajos, ou bien chez les Aborigènes d'Australie, ou sur toutes les pistes poussièreuses sur lesquelles il est possible d'aller promener ses pas.
Je n'ai jamais autant parlé anglais qu'avec deux Coréennes à Fuente la Reina ou avec un couple d'étudiants de Jérusalem à Ventosa. A Grañon, j'ai retrouvé Freddy et rencontré avec lui l'hospitalier français, Jérôme ; ensemble, nous avons pas mal discuté de nos motivations pour faire ce voyage, des expériences et de la manière dont on le vit ou l'a vécu - c'est chacun à sa manière, mais toujours dans une aventure de partage et de rencontre qui vous déborde, dans une temporalité autre que celle de la vie quotidienne moderne, ouvrant des espaces que l'on ne trouve pas autrement. Hier soir, à San Juan, c'est avec deux Espagnols que j'ai dîné, l'un de Ségovie, l'autre de Grenade ; avec l'un d'eux, nous nous étions vus et salués sur le chemin, ils ont bien voulu m'accepter à leur table, et j'ai dû réviser vite fait mon espagnol - "Aquí se permite fumar", et ma voisine ne s'en prive pas, chouette ! -, nous avons fini par parler de ce que le chemin révélait le peu de choses dont nous avons besoin pour vivre, et la possibilité de la fraternité quand dans un lieu comme celui-ci chacun se salue simplement, se rencontre simplement, conscient de l'égalité face à l'expérience commune du chemin.
Entre hier et aujourd'hui, le passage par la forêt des Montes de Oca au milieu de laquelle se trouve la clairière médiévale dans laquelle San Juan a édifié son église au XIIe siècle, sorte d'ermitage dans une forêt encore aujourd'hui peuplée de quelques loups, puis en descendant dans la plaine incurvée d'Atapuerca, le site où ont été trouvés les plus anciens restes d'hominidés d'Europe, je suis passé par des sentiments assez époustouflants d'intemporalité. Sous un grand ciel de nuages gris et jaunes dans la lumière froide du matin, toutes les couleurs étaient dans ces teintes, au sol des champs de chaumes et d'herbes de jachère, également brun-gris-jaune, des broussailles, des cailloux et une terre sèche ; au loin le bruit continu invisible des camions sur l'autouroute et presqu'à l'horizon une kyrielle d'éoliennes ; puis l'idée de cet ermitage médiéval, des pèlerins de tout temps, et des Néanderthaliens restés par là ; dans le vent, ce lieu sauvage vous faisait vous sentir tout petit dans votre coin du temps.
Et puis ensuite, l'arrivée sur Burgos, franchement pas très agréable, la ville pas plus sympathique que cela non plus, même si assurément la cathédrale est impressionnante. Je pensais rester deux nuits ici, prendre un jour de repos, mais deux nuits au gîte ne semblent pas chose possible. Je resterai demain matin et ferai sans doute une courte étape d'une dizaine de km l'après-midi.
En franchissant Burgos, j'ai l'impression que je suis jusque-là déjà parti assez loin, mais qu'à présent je vais vers partir très loin, toujours en allant de l'avant dans la confiance en ce que le chemin apportera.
Portez-vous bien de votre côté ! J'espère que ça va pour vous.
Prochaines nouvelles dès que possible, comme vous le savez,
A plus,
Sylvain
Vendredi soir à Burgos, le cybercafé est jeune et bruyant. La soirée commence à être avancée puisqu'il sera environ 21h quand je concluerai ce message, que je chercherai ensuite où manger pour rentrer à l'albergue municipale toute neuve avant la fermeture à 22h30.
Comme vous le verrez, j'ai privilégié les photos, je m'arrête un peu à Burgos pour cela, les occasions n'étant pas si fréquentes de trouver un port USB. Quant aux messages internet, les 3 derniers gîtes où je me suis arrêté n'en disposaient pas, vrai de vrai.
Depuis mardi, le temps s'est fait plus froid, mardi et aujourd'hui en particulier, avec un vent qui peut être assez violent et fatiguant, d'autant qu'à San Juan de Ortega, hier soir, j'étais à 1000m d'altitude et ce soir aux alentours de 880m. Le chemin a repris de la hauteur.
Depuis mardi, et en revenant sur cette première phase du chemin en Espagne, il y a eu des moments d'insatisfaction et de fatigue, de récupération inattendue et de grande exaltation, des rencontres, des croisements et des moments de partage tout simples.
A Ventosa, dans la belle décoration du gîte, j'ai remarqué un tableau représentant Finisterre par des vagues se brisant sur des rochers... Il est clair que j'irai jusque là-bas. Maintenant que les 1000km de marche accomplie sont passés, la destination, Santiago, devient une perspective concrète, au bout de la route de terre en ruban, comme un aimant, et au bout de cette terre, la mer.
Dans la journée assez initiatique de Mercredi, en passant par Najera - voir les photos avec une falaise et des rochers très rouges -, en trouvant dans le rythme de mes pas la bonne lenteur pour aller vite, à la manière d'une danse ou d'un chant, j'ai marché sur cette épure de chemin qu'est le Chemin comme si je me trouvais au Nouveau-Mexique chez les Navajos, ou bien chez les Aborigènes d'Australie, ou sur toutes les pistes poussièreuses sur lesquelles il est possible d'aller promener ses pas.
Je n'ai jamais autant parlé anglais qu'avec deux Coréennes à Fuente la Reina ou avec un couple d'étudiants de Jérusalem à Ventosa. A Grañon, j'ai retrouvé Freddy et rencontré avec lui l'hospitalier français, Jérôme ; ensemble, nous avons pas mal discuté de nos motivations pour faire ce voyage, des expériences et de la manière dont on le vit ou l'a vécu - c'est chacun à sa manière, mais toujours dans une aventure de partage et de rencontre qui vous déborde, dans une temporalité autre que celle de la vie quotidienne moderne, ouvrant des espaces que l'on ne trouve pas autrement. Hier soir, à San Juan, c'est avec deux Espagnols que j'ai dîné, l'un de Ségovie, l'autre de Grenade ; avec l'un d'eux, nous nous étions vus et salués sur le chemin, ils ont bien voulu m'accepter à leur table, et j'ai dû réviser vite fait mon espagnol - "Aquí se permite fumar", et ma voisine ne s'en prive pas, chouette ! -, nous avons fini par parler de ce que le chemin révélait le peu de choses dont nous avons besoin pour vivre, et la possibilité de la fraternité quand dans un lieu comme celui-ci chacun se salue simplement, se rencontre simplement, conscient de l'égalité face à l'expérience commune du chemin.
Entre hier et aujourd'hui, le passage par la forêt des Montes de Oca au milieu de laquelle se trouve la clairière médiévale dans laquelle San Juan a édifié son église au XIIe siècle, sorte d'ermitage dans une forêt encore aujourd'hui peuplée de quelques loups, puis en descendant dans la plaine incurvée d'Atapuerca, le site où ont été trouvés les plus anciens restes d'hominidés d'Europe, je suis passé par des sentiments assez époustouflants d'intemporalité. Sous un grand ciel de nuages gris et jaunes dans la lumière froide du matin, toutes les couleurs étaient dans ces teintes, au sol des champs de chaumes et d'herbes de jachère, également brun-gris-jaune, des broussailles, des cailloux et une terre sèche ; au loin le bruit continu invisible des camions sur l'autouroute et presqu'à l'horizon une kyrielle d'éoliennes ; puis l'idée de cet ermitage médiéval, des pèlerins de tout temps, et des Néanderthaliens restés par là ; dans le vent, ce lieu sauvage vous faisait vous sentir tout petit dans votre coin du temps.
Et puis ensuite, l'arrivée sur Burgos, franchement pas très agréable, la ville pas plus sympathique que cela non plus, même si assurément la cathédrale est impressionnante. Je pensais rester deux nuits ici, prendre un jour de repos, mais deux nuits au gîte ne semblent pas chose possible. Je resterai demain matin et ferai sans doute une courte étape d'une dizaine de km l'après-midi.
En franchissant Burgos, j'ai l'impression que je suis jusque-là déjà parti assez loin, mais qu'à présent je vais vers partir très loin, toujours en allant de l'avant dans la confiance en ce que le chemin apportera.
Portez-vous bien de votre côté ! J'espère que ça va pour vous.
Prochaines nouvelles dès que possible, comme vous le savez,
A plus,
Sylvain
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