samedi 18 octobre 2008

Brise de mer sur Finisterre

Bonjour,


une dernière fois en direct de l'Espagne, et pas de n'importe où puisque je suis depuis hier après-midi à Fisterra, le cap le plus occidental d'Europe, le bout du bout du chemin jacquaire.





Mercredi dernier, nous sommes sortis de Santiago après avoir petit-déjeûner et dit au revoir à Marie. Direction Negreira en 23km.


Jeudi, Negreira-Oliveiroa, 33km, sous un vrai temps galicien de brume chuintante, de bruine, à peine de pluie, mais journée sous la cape, et peut-être la seule sans photos ou presque.


Vendredi hier, Oliveiroa-Fisterra, 30km, auxquels s'ajoute l'aller-retour au phare du cap, 6km, en sandales et sans le sac - le voyage à ce moment-là est accompli, on arrive au point 0,00 en abandonnant déjà un peu notre vie de marcheur-pèlerin. Pour ma part, j'avais l'impression que ma tête rentrait entre mes épaules, lesquelles se relevaient, et je ne savais pas trop quoi faire de mes bras.





Ces trois jours sont une parfaite continuation et une belle manière de boucler la boucle du Chemin.


Les gîtes, villages et accueils ont la rudesse du pèlerinage. Deux gîtes avec une seule douche, un gîte à 1/4 d'heure du centre ville... A Negreira, cela faisait longtemps mais nous avons à nouveau cuisiner des pâtes dans la cuisine collective, et sommes partis à la montagnarde le matin, vers 7h après un Nescafé et un p'tit-déj' acheté la veille. A Oliveiroa, le bar nous a refait le coup de Población, d'être fermé alors que nous comptions sur lui pour le p'tit-déj' de 7h... Du coup, 5km de marche nocturne sans avoir rien pris... le café d'Hospital, le village suivant, s'est réjoui de nous voir arriver ; quand nous en sommes repartis, nous étions reconstitués, la pluie-bruine avait cessé et le jour encore un peu nuageux s'était levé, "encore une belle journée, le soleil vient de se lever, l'ami... "


Ces trois jours, nous avons continué à voir des paysages magnifiques. Jusqu'au bout nous sommes dans une ruralité terrienne assez profonde, il faut bien le dire ; mais des chemins creux entre des haies, entre des murets moussus, parmi les fougères désormais très rousses, les fûts massifs de châtaigners et de chênes âgés et arrosés, les forêts d'eucalyptus et de pins. Usés par les eaux nous passons devant de nombreux calvaires bi-faces et horreos typiques de la région, franchissons des petits ponts et traversons des villages trapus sur une voie jacquaire souvent dallée.


Hier, dernier jour de marche - c'est curieux à dire -, entre Hospital et Cée, 15 km de haute lande à peine boisée, roches granitiques affleurantes, et puis au détour d'un virage en haut d'une petite crête, l'horizon encore ennuagé mais trop horizontal pour ne pas être la mer... Nous avons eu la chance de cette dernière journée lumineuse malgré de gros nuages ; à ce moment-là, la vue était dégagée jusqu'au cabo Finisterre (ou faro Fisterra), éclairé de soleil. Puis peu à peu, la descente vers le rivage, les baies, criques, petits ports et plages qui nous séparent de Finisterre, le cri et le vol des premières mouettes, une brise de mer venue du large et des parfums marins ; en quelques derniers kilomètres, cette impression d'un changement du tout au tout, d'aboutir véritablement, et l'attraction de la mer qui un instant donnerait presque plus envie de poursuivre en prenant la mer que de rentrer ou de continuer à marcher.


J'avais conclu ma marche à Santiago, point d'orgue, et ces derniers jours étaient pour moi quelques jours de marche comme en supplément, juste pour le grand plaisir de marcher, de partager encore quelques temps ce mode de vie routier avec Richard et Jean-François, de recueillir aussi le chemin parcouru en se préparant en même temps au retour. Ces trois jours m'ont bien apporté tout cela, et un peu plus encore, un bel aboutissement.





Le deuxième jour, avons croisé un Français que j'ai reconnu, ainsi que Richard qui l'avait vu à Conques. Moi, je me rappelais parfaitement de lui : le premier pèlerin qui m'ait souhaité Bon Chemin, en haut de la première côte au départ du Puy, marchant d'un pas très lent et appuyé tandis que je le dépassais, un Monsieur un peu spécial mais cordial, qui était équipé pour dormir à la belle étoile, si bien que je ne l'ai revu qu'au Sauvage et à Conques. Nous avons parlé deux minutes, échangé une poignée de main en nous souhaitant bonne continuation du chemin à venir.


Le troisième jour, cela dira quelque chose à Marie, c'est le paysan-bûcheron des Pays-Bas, Eindhoven je crois, que nous avons croisé rentrant de Fisterra vers Santiago, en short et chemise à carreaux, toujours avec ses deux mots de français et son allemand à couper au couteau qui le rendent difficilement compréhensible, bien que très sympathique. Pareil, salutations, voeux pour l'arrivée au cap Finisterre et voeux de bonne continuation.





Le petit port de Finisterre est tout de même un peu triste. Nous nous y sentons assaillis par le côté touristique, davantage qu'à Santiago qui vit d'autre chose, et par la circulation automobile assez agressive. Les bars-restos n'avaient rien de très vivants ; seule agréable surprise, entendre Manu Chao en musique de fond dans la Taberna Ultréïa où nous avons pris le petit café de fin de soirée après l'heure de l'appel du blanc et du menu pèlerin. Bien qu'un peu répétitive, sa musique me plaît bien, j'aime beaucoup son motif de l'infinita tristeza qu'il relève en chantant la proxima estación : esperanza.


Le passage sur les roches du cap Finisterre était assez fort, même si c'est le genre de point symbolique qui, finalement, me paraissent un peu folklorique et si je crois qu'il vaut mieux ne pas s'y arrêter trop longtemps. Trop de nuages pour que nous puissions voir le soleil rond et rouge tombé dans l'océan, mais de très belles lumières sur des masses nuageuses expressionnistes et sur les ondulations d'une mer calme. Les gens arrivés là étaient aussi agréables à voir, un couple coréen ou japonais, un Espagnol pèlerin et beaucoup de touristes, un Canadien, de nombreux Français, Anglais et Allemands.





Comme en arrivant à Santiago, j'aurais aimé que les Toccatas & fugues de Bach sifflotées par Wolfgang soient là ; j'ai pensé à serrer les mains de mes grands-parents ; j'ai eu hâte d'entendre à nouveau les rires des unes surtout et des autres aussi, les rires de mes nièces et de ma belle-soeur, ceux de mes frères, cousins et cousines, les rires des amies et des amis. Ce sont les seules choses qui manquaient sur l'instant et que je vais retrouver avec joie ; pour le reste, j'ai profité de ces moments simples d'aboutissement.


Je sais que le chemin lentement parcouru a été plus important pour moi que ces arrivées, qui en font néanmoims partie. Je sais que j'ignore encore à peu près complètement les effets qu'aura ce voyage, ses échos, même si je crois en avoir beaucoup appris et aussi avoir fait en route quelques choix ; ceci reste largement en suspens. Je sais surtout que j'ai incroyablement et formidablement aimé ce voyage, cette marche, ce mode de vie, cette manière de rencontrer le monde et les autres ; et que j'ai reçu du voyage un nombre incroyable de cadeaux, de présents.
J'ai repensé aux rencontres, aux moments partagés et aux envies suscitées, à Sébastien et à Richard, Wolfgang et Sébastien, à Freddy, à Stefan, à Kurt, aux trois frères hollandais, à Sirkha, à Albert le catalan et à son épouse, aux couples suisses et autrichiens, aux Québecoises Hélène, Marie et Hélène, aux Américains de San Francisco, de Seattle et du New Hampshire, aux jeunes Israëliens, au Néo-zélandais et au couple australien, aux jeunes Coréennes capables de faire un si long voyage... tant de gens étonnants.




J'appréhende un peu le retour, mais quand même pas trop. Comme d'habitude, je ne saurai sans doute pas trop où me mettre pendant un certain temps. Et puis je vais continuer à aimer me lever les deux pieds au sol.

Ce soir, nous repassons une fin de journée à Santiago, perspective très réjouissante.
Lundi, je suis à Paris, sans doute café près de la tour Saint-Jacques, et de retour à Palaiseau pour le soir.
Dans la semaine prochaine, je pense envoyer les derniers messages et les photos des journées en Galice sur ce bidule de blog, qui indéniablement aura fait partie de ce voyage. Merci pour votre attention, votre patience, tous vos messages si amicaux.
A priori, le week-end prochain et pour quelques jours, j'irai rendre mes hommages aux pays de Loire et Layon, si ce n'est pas maintenant, ce sera dans trop longtemps, donc il vaut mieux que ce soit maintenant.

Bon week-end à vous,
A bientôt se voir et se revoir,

Sylvain

4 commentaires:

Anonyme a dit…

si tu es par là, est-ce possible de te voir mardi ou mercredi soir?
c'est toujours aussi bon de te lire
Fabienne

Anonyme a dit…

Sylvain, bonjour,
Quelle bonne idée ce petit séjour en Anjou, nous t'attendons tous avec impatience, donc au week-end prochain, bon retour en région parisienne et encore
MILLE BRAVOS
Nous t'embrassons
Geno et Jean

Anonyme a dit…

Je ne sais pas s'il est trop tard pour t'envoyer ce message... je tente ma chance.
Je suis tellement heureuse de te retrouver tout bientôt avec tous les bons souvenirs qui vont maintenant t'accompagner.
Je te souhaite un bon retour et on se voit aussi vite que possible. Et non, je ne te laisserai aucune trêve !!!
Je t'embrasse bien fort.
Ta zizine

Anonyme a dit…

Salut Sylvain. Et bien c'est un honneur de voir que l'Anjou compte si fort dans ton coeur... je serais évidemment ravie de te retrouver et très impatiente aussi. on se recontacte dès que possible pour organiser quelque chose si tu en as envie. en attendant encore d'énormes bravo, de grosses bises et à très bientôt...