mardi 16 septembre 2008

Saint-Jean-Pied-de-Port, afin d'aller plus loin, ultréïa !








Bonjour,




Ce second jour de pause est bien avancé.


Il aura été bon de prendre le temps ici, même si la confrontation avec cette ville animée et touristique n'a pas été très facile, par contraste avec le temps de la marche. D'une part, j'ai en bonne partie remis mes chevilles sur pied et me suis reposé ; d'autre part, avec un colis reçu en poste restante, une lessive complète, du tri et un nouvel envoi pour réexpédier quelques affaires superflues, le sac est refait propre et léger ; enfin, de même qu'à Conques et à Moissac les transitions n'avaient pas été faciles, de même ici, et il a été bon de me poser pour laisser infuser les expériences déjà vécues depuis un mois et pour ressourcer le rêve d'Espagne, l'envie de poursuivre la route.




Après deux jours ici, l'envie est là de chausser à nouveau les chaussures demain matin et de m'engager, avec Wolfgang et Richard, dans la brume fraîche de l'ascension en direction du col de Roncevaux. La page se tournera à nouveau et le chemin s'ouvrira vers l'Espagne, sa nouveauté, son inattendu, une nouvelle atmosphère des rencontres et de la vie quotidienne sur le Chemin. On n'y réserve plus les gîtes, ce pour quoi j'ai hésité à renvoyer mon téléphone portable - mais il me sert de montre et de réveil, et servira éventuellement en cas d'urgence et puis pour les derniers jours, donc je l'ai gardé car quand même pas bien lourd. On y porte pratiquement plus de nourriture, sinon énergétique pour la route, car on mange facilement et pour peu cher, aussi bien dans la journée que le soir, dans des bars dans les villes et villages. Tout cela diminue les contraintes d'organisation et allège le sac et les journées en faveur de la marche pèlerine. C'est en vue d'aborder l'Espagne le plus à vide, le plus léger possible, que j'ai hésité puis renoncé à prendre un nouveau roman à lire - je n'y aurai sans doute pas l'esprit, et il m'aurais couper de moments de disponibilité, éventuellement d'ennui, mais qui feront partie du chemin ; j'ai en revanche garder le baladeur musical. J'ai enfin retiré la crème solaire et quelques éléments de la pharmacie et de la trousse de toilette, le tout pour environ 1kg de moins.




Contrairement à mes idées de la semaine passée, je garde aussi bien la polaire que le T-shirt à manches longues. Ils m'ont tous les deux servi dans la semaine par temps pluvieux et bien rafraîchi ; je me dis qu'ils auront certainement encore l'occasion de servir d'ici mon arrivée en Galice par un début d'octobre.


Quant aux chaussures, c'est toute une histoire, mais je garde finalement les deux paires. Que je vous raconte. Par ici, entre jeudi après-midi et dimanche matin, nous avons eu un temps très instable, d'abord humide et moite, puis largement pluvieux vendredi et samedi, avant de redevenir plus clément depuis dimanche après-midi. Jeudi soir donc, j'avais commis la faute grave de marcher avec les chevillères humides et j'en ai hérité des rougeurs proches de brûlures dont je ne savais pas trop quoi faire. Le gîte du vendredi soir, à Lichos, s'appelait le gîte musical, un gîte associatif ayant ouvert il y a trois mois, l'accueil pèlerin devant servir à financer la réhabilitation des locaux pour accueillir des jeunes en réinsertion, par la musique, le jardin et les activités sportives ; l'ambiance et la générosité étaient extraordinaires, la cuisine quasi végétarienne et gastronomique à partir des produits du jardin, la motivation et le dévouement des deux personnes accueillant incroyables. Au matin, pluie froide cependant. Et c'est là que j'ai choisis de ne pas remettre mes chaussures et chaussettes, mais de marcher pieds nus en sandales, me disant que c'est encore à l'air libre que mes chevilles souffriront le moins et que les pieds et les sandales seront plus rapides à laver et à sécher que les chaussures et les chaussettes. La journée s'est bien passée comme cela aussi, pour la vingtaine de kilomètres entre Lichos et Uhart-Mixe, et j'ai récidivé le lendemain, le dimanche, entre Uhart-Mixe et Saint-Jean-Pied-de-Port, pour 24km avec plus de soleil et de bitume. Résultat : deux nouvelles ampoules, et les chevilles toujours urticantes.


J'ai appris depuis que c'est le kétum, la crème antiinflammatoire bien efficace, qui peut occasionner cette réaction, même 15 jours après les premières applications, et que c'est accentué par la lumière et le soleil, comme des brulûres effectivement... Je me fais en chemin une formation empirique en pharmacopée de base... Depuis deux jours, crème apaisante et chaussettes, et cela va mieux de ce côté-là.


Donc, je sais qu'en cas de besoin et dans certaines conditions, il m'est possible de ne marcher qu'en sandales. Mais je sais aussi qu'il vaut mieux que je continue le plus souvent avec les chaussures faites pour la marche. Je n'ai pas gagner en légèreté de ce côté-là.




Je m'en tiens un peu à ces aspects terre à terre et pratique, parce qu'à vrai dire je passe par trop de choses ici, il y a trop de sensations et d'émotions diverses, et il me semble que pour le moment je ne saurais pas, et il n'est même pas souhaitable, que je les arrête dans l'écrit qui ne serait peut-être que formules.


Les expériences, les rencontres et les sensations du mois passé me nourrissent intérieurement déjà beaucoup et décantent. Mais il est impossible de tout rassembler et résumer en quelques mots. Et le chemin se poursuit jour après jour à neuf, chaque matin commençant dans l'ignorance de ce que le soir sera et apportera, mais en même dans la confiance et la certitude que le jour suivra son cours et que le soir arrivera, avec sa solution propre, bien.


Quand je parlais l'autre fois de ma chance à être ici, de ma présence ici dans laquelle je trouve une forme de passion, c'est aussi par l'observation et la rencontre des autres pèlerins et marcheurs. Il y a ici des gens incroyables, parmi les marcheurs et parmi les hospitaliers, des exemples d'un courage, d'une générosité, d'un amour, d'un dévouement, d'une force de vivre qui forcent le respect et dont, de la même façon, il ne m'est pas très possible de parler en quelques simples mots.


J'essaie de prendre de la graine, d'apprendre, et cheminer continue.




Je vais vous laisser, les prochaines nouvelles viendront d'Espagne, je ne sais pas quand, et je ne sais pas non plus ce que je pourrai désormais vous envoyer comme photos.


Pour l'instant, 17h approchent, et j'ai rendez-vous avec Wolfgang et Richard pour une boisson-goûter (vraisemblablement du gâteau basque, ma cinquième dégustation en trois jours... j'adore ça !), avant d'aller faire quelques courses pour ce soir. Hier, nous avons invité le couple qui tient le gîte "Le chemin vers l'étoile" pour un dîner carbonara (un classique) et fromage de brebis-confiture de cerises ; ce soir, ils amènent le cassoulet et nous nous chargeons d'une salade en entrée et d'une salade de fruits chocolatée (des classiques aussi désormais).


A bientôt tout le monde,


Sylvain

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Salut mon vieux,

Nicolas Bouvier serait fier de toi! ça c'est de la belle raconture et de la belle aventure... Dis donc, Oedie schmoedipe, les pieds enflammés à St-Jean-Pied-de-Port, fallait oser! Si c'est de l'humour, c'est du lourd !

Je suis bien content pour toi que tu "t'allèges" au fur et à mesure, au propre comme au figuré ! Tu as bien raison de ne pas "mentalisé" trop vite et de vivre d'abord toutes ces expériences pleinement. Dommage, en revanche, que tu n'en dises pas un peu plus sur tous les exemples admirables qu'il t'est donné de connaître... Tu es suffisamment sensible, je le sais, pour être "contaminé", au bon sens du mot, par tous ces exemples quand tu les as près de toi, la difficulté (pour chacun d'entre nous) est de continuer à faire vivre ces exemples, même dans la solitude... J'attends des détails à Paris! Il faudra jouer les prolongations... Ultréïa!

Quant à moi, je fais aussi des expériences linguistiques étonnantes car je découvre toutes les dyslexies, dysorthographies, dystoutcequetuveux de mes chers élèves et j'en ai quand même 8 sur 67 qui m'écrivent en 6e ou en 5e des choses du genre de : "i rante doume" pour "il est entré dans l'eau doucement!" (sic!) Et vive les méthodes globales de lecture ! (pour ceux qui en douteraient, je précise que c'est ironique!)

bien amicalement,
Marc-O

PS: à propos de recettes de cuisine, une petite d'Arthur pour la route : dimanche, dans un restaurant de poisson avec ses parents et ses grands-parents, notre petit loup a regardé l'aquarium et s'est exclamé : "oh, un léomard!" Et plus tard, à table: "hum, c'est bon le léomard!" Donc n'hésite pas : si en Espagne on te propose du "léomardo", c'est du bon!

PS 2 : pardon d'utiliser ce mail pour parler d'autre chose que de Compostelle et des pieds enflés, de la pharmacie et des fleurs des champs, du gâteau basque et de la spiritualité... j'ai pensé que ça pouvait te changer les idées, vu que tu n'as plus de roman à lire! Dis-moi si ça fait tache dans le paysage... Mais dans la digression, je n'ai qu'un seul mot d'ordre : Ultréïa!

Anonyme a dit…

Errata!
le lecteur aura rétabli de lui-même :
_ Il s'agit bien sûr dans le message précédent du fameux juif Oedipe schmoedipe!
_ et il est bien évidemment question de ne pas mentaliser-ER.
Il est tard et la journée a été longue, veuillez m'excuser. Ma fourche à langué...
Marc-O.
PS: si mes élèves voyaient ça!

Anonyme a dit…

Coucou!
C'est sympa Marc-o., d'avoir de tes nouvelles! Il n'est peut-être pas trop tard pour envoyer les élèves chez qui tu sais (l'orthophoniste)! J'aime toujours profondément mon métier (d'ailleurs, il ne faut pas que je sois longue, sinon, les adultes handicapés que je dois voir ce matin vont m'attendre!) et mon cabinet déborde de demandes : à moi de savoir orienter vers des collègues! Bon, pardon Sylvain, tu vois, pendant que tu marches, on parle aussi un peu entre nous, mais sans t'oublier évidemment. C'est très bon cette "imprégnation positive venant de toutes tes rencontres. On redécouvre aussi que les mots paraissent parfois pauvres pour décrire une vie intérieure dense. Toutes ces rencontres sont une nourriture pour l'âme! Je suis heureuse de te savoir traverser aujourd'hui ces belles montagnes si vertes. J'espère que tu verras quelques pottoks sur ton passage (petits chevaux sauvages). MERCI pour tes commentaires gastronomiques : en t'entendant parler de fromage de brebis avec de la confiture de cerise, et de gâteau basque, je ressens le goût de ces aliments dans ma bouche : quel délice! Tu fais ce voyage pour toi, pour ta vie. On arrive à capter ton rayonnement intérieur jusqu'ici : trop fort! Va toujours où ton coeur te porte.
Avec toute mon amitié
Fabienne
PS : marc-o, je pensais que magali avait mis un petit mot? Comment va-t-elle? Et merci pour le léomard : trop mignon

Anonyme a dit…

Message professionnel pour Fabienne :

Comme tu vois, Je continue, mon cher Sylvain, à parasiter ton blog mais c'est pour la bonne cause!

Bonjour Fabienne,
je suis heureux de savoir que ton métier te plaît. La prise en charge de la dyslexie à l'école est une vraie catastrophe, et je pèse mes mots. J'ai rédigé un bilan adressé à tous les gens concernés de mon établissement (si tu le souhaites, donne-moi ton mail grâce au blog de Sylvain, et je te l'envoie mon bilan : on pourra en parler plus longuement sans pertuber le flux des pèlerins passés, présents et futurs qui nous écoutent...)
En résumé, ce que j'ai appris ces derniers jours :
La CPE de mon collège, qui a préparé pendant 3 ans le concours difficile d'orthophoniste et qui donc s'y connaît un peu, m' a avoué que jamais un professeur ne lui avait un compte-rendu aussi précis. Pourtant je n'ai fait que mon boulot : j'ai simplement recensé toutes les erreurs de retranscription des sons. Mes collègues n'ont pas l'air de trop réagir à la lecture de mon petit papier, pourtant je suis sûr qu'ils ont des élèves du même acabi (15%, c'est la moyenne nationale, un peu plus, bien entendu, en Zone d'Exclusion Programmée...).
De plus, horresco referens, j'ai lu chez la CPE les commentaires des maîtres et maîtresses du CM2 : il n'y a que des réflexions psychologisantes et aucun cas de dyslexie n'est détecté! Un des mes pires cas, Darry, est dit "absent dans sa tête"! Mais bon dieu de bon dieu (pardon, Seigneur!), c'est à eux qu'il manque une case : il est pas absent dans sa tête, il est dyslexique parce qu'il a appris à lire avec "Lire en fête" ou "abracadalire" et qu'ils l'ont transformé en crapaud de la lecture! et comme dirait Mamadou, un autre de mes cas remarquables : "é tousa ses grase à l'école" !
Reste à convaincre les parents d'emmener Monchéri et Moncoeur chez l'orthophoniste! J'en ai déjà joint certains au téléphone qui ont l'air d'accord. Mais il faut que ça suive dans les faits...

Il faut absolument que, vous les orthophonistes, vous vous imposiez dans les établissements scolaires où se commet depuis vingt-cinq ou trente ans un génocide culturel de grande ampleur (3% seulement des insituteurs de France travaillent en alphabétique-syllabique! c'est le chiffre des dernières statistiques officielles! ). La catastrophe économique ne va tarder à suivre, inéluctablement. Les PME et TPE ne trouvent personne qui soit ne mesure de faire, à leur suite, le travail qu'ils faisaient!
Par exemple, il faudrait que tous les CP en fin d'année passent un test et que ces tests soient déchiffrés par des orhophonistes. De même en 6e, il suffirait que tous les élèves de 6e fassent une dictée calibrée et que les copies soient examinées par un orthophoniste. Cela vous prendrait une semaine dans l'année! Si on laisse avancer les élèves dans cet état, ce sont des adultes qui seront probablement détruits à vie.
cordialement,
Marc-Olivier.

Cher Sylvain,
merci de ton accueil involontaire, je ne polluerai plus ce blog par ma verve indignée. Mais tu connais mes engagements (et je crois que tu ne seras pas contre ce dévoiement de ton site remarquable...)

Bonne route à tous, à ceux qui marchent comme à ceux qui restent chez eux mais avancent aussi...

Anonyme a dit…

Moi, je te remercie en tout cas Marc-O pour cette incursion revendicative.
Très instructif, et très intéressant. Bon courage aux pélerins, parfois solitaires semble-t-il, sillonant les chemins sinueux de l'Education.
Tendre pensée à tous, bon vent